Coup de grisou chez les pédaleurs
Réveil humide (non je n'ai pas fait pipi dans mon duvet) et frais. Le duvet a été juste cette nuit. Je me fais violence pour m'extraie de la tente. Il fait frais et je vais chercher de quoi faire du feu. Petit-déj. , des mongols plus âgés que ceux de la veille viennent nous rendre visite. Ils nous offrent de la prise mais c'est un peu tôt, mais aussi de la crème et des cailloux de fromage ou des fromages de cailloux, au choix...Je prête mes jumelles pendant le chargement et ensuite départ.
500 mètres plus loin "stopper les machines !" Le porte bagages de Luc (cassé la veille) frotte sur le pneu. Décidément !!!
Luc répare en une heure et nous reprenons la piste pour une descente vers GURVANBULAG. La progression se fait tranquillement dans une large vallée sur une piste plutôt bonne, nous croisons des femmes en train de ramasser de la bouse en prévision de l'hiver. Une rivière coule dans le fond de la vallée sur notre gauche. Le vent n'est pas contre nous ce matin. Pour atteindre la ville il nous faut franchir un petit col et ensuite descendre sur une belle piste qui se dirige droit sur notre objectif du matin.
Luc souffre de plus en plus de son dos et ses arrêts sont fréquents, lorsque je le double il est allongé dans la steppe le sourire aux lèvres, la clope au bec, face à ce paysage de liberté et d'espace. Soit, je pause avec lui et en grille une le cul dans la steppe, la tête sur les sacoches et la truffe au vent. Soit, je m'arrête deux minutes sans descendre du vélo et repart, ce qui ne l'empêche pas de me rattraper rapidement. Nous sommes comme deux gars qui ont pris le même chemin un peu par hasard et qui avancent individuellement se retrouvant de temps en temps durant la journée et ayant choisi le même coin pour dormir.
40 kilomètres pour ce matin, c'est plutôt pas mal et nous arrivons à GURVANBULAG. Le village est vide et pour cause, le soleil tape. Nous faisons quelques provisions et trouvons un abri sous un escalier protégé du soleil et du vent qui a redoublé de force. Luc répare son porte bagage aidé de quelques camionneurs mongols qui déballent leur caisse à outils pour trouver de bonnes vis et des boulons.
La piste suit un très large lit de rivière, je pars avant Luc en choisissant de passer par un petit col qui surplombe cette vaste vallée par la gauche. Mais dans la descente j'entends un grand bruit et mon vélo semble retenu. Mon porte bagages est par terre ???!!!
Les vis des pattes de fixation du cadre sont parties il ne tient que par celles des roues "ch'ai pas comment ça s'appelle" et je l'ai traîné, dans mon élan, sur cinq mètres. Visiblement les sacoches n'ont pas souffert. Je me mets à la recherche des vis, avec un peu de chance elles sont justes à l'endroit ou le porte bagages a lâché. Effectivement j'en retrouve une, heureusement avant de partir j'avais préparé une petite boite de boulons et vis de toutes sortes. Je répare mais Luc n'est plus avec moi, il a du choisir de passer par le bas. Je décide de rouler, de toute façon soit je le retrouverai ce soir soit il me rattrapera.
En regagnant la piste du bas je retrouve aussi la rivière où je m'arrête pour faire le plein d'eau. Une famille de 3 mongols à cheval s'approche et nous devisons quelques minutes. Ensuite les parents m'accompagneront pendant 10 kilomètres. La piste est bonne et je retrouve de bonnes sensations. J'arrive en haut d'un large col et retrouve mes compagnons de route assis sur un ovod, les jumelles à la main, ils me montrent la route à suivre. Le paysage est magnifique de chaque côté. C'est sublime. Mais je ne peux plus prendre de photo, j'enrage...
Je me lance dans une belle et longue descente de 10 km sur une piste très roulante, c'est le bonheur. Toujours pas de Luc. Ma route part sur la gauche dans une autre vallée. Je pédale encore quelques kilomètres et fait une pause "disko" quand mon compteur indique 60 kilomètres et Luc me rejoint. J'ai envie de me reposer mais pas lui. S'engage une petite discussion sur la différence de rythme que nous avons et évidement je suis celui qui ne comprend pas. Bref...
Nous roulons maintenant dans une vallée très minérale, nous n'avons plus vu de yourte depuis 10 kilomètres. Je commence à fatiguer, le compteur affiche 73 bornes, je demande à Luc de stopper quand il trouvera sur un coin sympa avec de l'eau. Il passe sans s'arrêter, devant une zone herbeuse (genre gazon british) avec un ruisseau. Je râle, je suis cassé. Je le rattrape et le double sans rien dire et bien décidé à prendre les choses en main. Je trouve une autre zone sympa et cette fois-ci je pose le vélo au sol. Je dormirai ici et je ne vois personne dans le coin qui me fera changer d'avis, même pas le grand type à lunette sur son vélo qui craint les moustiques et qui me propose d'aller vers la yourte que l'on aperçois trois kilomètres plus loin.
Nous nous séparons et Luc se dirige vers la Yourte, la zone est infestée de moustiques et je plante la tente 300 mètres plus loin. Je lave quelques affaires (10 jours que je les porte). Je ramasse une bonne brassée de bois jonchant le sol d'anciens lieux de campements (bois de yourte, morceaux de caisse, etc.). Une heure après apparaissent trois cavaliers venus des montagnes avoisinantes, ces visites deviennent coutumières. Nous échangeons tabac et quelques phrases, le plus âgé a gagné une course du Naadam dans sa jeunesse. je fais du cheval et eux du vélo. Je leur donne des briquets, montre on petit carnet de photos, ont-ils pitié de moi ? Toujours est-il qu'ils veulent me donner de l'argent, après avoir insisté pour que je vienne passer la nuit chez eux, je les regarde partir vers la montagne dans une chevauché de folie. C'est beau, le soleil se couche et ils me saluent une dernière fois avant de disparaître dans l'ombre de la montagne.
Le vent est tombé, le soleil a disparue et l'ombre de la montagne se couche sur ma tente, le calme a définitivement enveloppé la vallée.
Il est 22h30.
Il est temps de dormir.
Compteur jour : 75 kilomètres
Compteur total: 1004 kilomètres |